Le cas Nadine Morano

Elle a fait le buzz cette semaine par ses sorties bruyantes, déplacées et bien souvent d’une stupidité côtoyant l’imbécilité profonde : Nadine Morano, c’est bientôt cinq ans d’aboiements qui auront...

Elle a fait le buzz cette semaine par ses sorties bruyantes, déplacées et bien souvent d’une stupidité côtoyant l’imbécilité profonde : Nadine Morano, c’est bientôt cinq ans d’aboiements qui auront marqué d’une certaine manière le sarkozysme et ce quinquennat. Profondément révélatrice d’une déchéance intellectuelle et politique totale, la ministre de l’apprentissage, Nadine Morano suscite une adhésion et une détestation que sans doute seuls Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy peuvent lui prétendre.

Nadine Morano, les français l’auront découverte à l’occasion de la campagne présidentielle de 2007, quand elle fut la porte-parole de Nicolas Sarkozy. Enfin, porte-parole est sans doute un bien grand mot, on devrait sans doute lui préférer le terme « aboyeuse en chef ». Nadine Morano, on la connait désormais bien plus pour ses polémiques, ses bourdes et ses erreurs que pour ses positions politiques. 

En 2007, elle suscite le buzz quand un reportage la montre en train de se faufiler à un meeting de Ségolène Royal, capuche sur la tête et visage presque complètement masquée et prête à en découdre. Des images qui lui valent une certaine déconsidération, même dans son propre camp. Pourtant, quelques mois plus tard l’élue niera totalement ces faits.

Nadine Morano, c’est aussi et surtout une sorte de susceptibilité qu’elle monte en tête d’épingle. Gare aux critiques contre elle, la sarkozyste hurle aussitôt et vous assigne en justice. Peuvent en témoigner plusieurs français, comme cette internaute qui avait mis comme commentaire, sur dailymotion et en-dessous d’une vidéo de la ministre, « Hou la menteuse », et qui se voie alors convoquée par la police. Ou encore une vendeuse de Nancy qui explique avoir été licenciée après un accrochage avec Nadine Morano ou le journal l’Est républicain qui a été condamné l’année dernière à une amende de 150 euros pour diffamation. Le crime de ce quotidien ? Avoir relaté un incident la concernant dans un aéroport italien.

On s’en moque ouvertement en face car les références culturelles et l’orthographe de Nadine Morano semblent relativement absents. Récemment abonnée à Twitter, la ministre y déchaîne les polémiques et les moqueries devant le contenu hautement intellectuel de ces tweets. Buzz qu’elle revendique avec fierté et qu’elle défend, car il s’agirait pour elle de véhiculer des messages politiques. Enfin, en regardant son compte on constatera qu’elle aboie plus sur François Hollande qu’elle ne livre d’analyses politiques. Car le rôle d’aboyeuse de Nadine Morano, c’est un job qu’elle occupe à plein temps.

Et c’est marrant d’ailleurs car, quand on y regarde de plus près, on remarque que les buzzs de Nadine Morano sur Twitter ont lieu, en toute coïncidence bien sûr, quand l’affaire Karachi rebondit par exemple. Et quand on l’attaque sur toutes ces polémiques, celles avec Sophia Aram par exemple ou quand elle confond Renaud Renault, elle fait fort de dénoncer « la gauche caviar » qui a du mal avec ses origines ouvrières. Mais si Nadine Morano est représentante de la classe ouvrière, elle qui est issue de la classe moyenne et qui est dotée d’un diplôme en communication d’entreprise, alors on peut se faire du souci pour cette tranche de l’électorat.

En réalité, s’interroger sur Nadine Morano est une entreprise à la fois inutile, car elle illustre le néant total de la politique, et compliqué, car on se demande à quoi elle sert, et ce qu’elle symbolise désormais. Verra-t-on dans le futur d’autres Nadine Morano émerger dans le débat publique ? Est-elle symptomatique de cette « déchéance intellectuelle » de la politique ou alors juste une exception ? Elle est en tout cas le signe que n’importe quel parvenu, intellectuellement pauvre mais riche en gueule et n’ayant peur de rien, peut monter aux plus hauts sommets de l’état. De la détermination certes, mais surtout beaucoup d’audace, comme son mentor. Et comme lui du vide : ou plutôt une pléthore de déclarations et de passages devant caméras et micros, qui servent à masquer le rien, l’absence de résultats. Elle illustre la domination du buzz sur le fond, de l’attaque plutôt que du débat. Un cas qu’on espère isolé mais, étant donné l’atmosphère politique aujourd’hui, on ne se fait guère d’illusions.

 

EliDy